Le digne héritier du Colonel Abderahmane Mira, Tarek se livre à Kabylie-News
Le digne héritier du Colonel Abderahmane Mira, Tarek se livre à Kabylie-News

Les ossements de l’emblématique colonel de la wilaya III Abderrahmane Mira, une des figures marquantes de la lutte de libération nationale, demeurent toujours introuvables 57 ans après sa mort au champ d’honneur. Kabylie News a rencontré son fils Tarek Mira, qui nous a fait part dans l’entretien qui va suivre de l’état d’avancement des recherches des restes de son père, à la veille de la commémoration des 57 ans de sa mort les armes à la main le 06 novembre 1959, soit sept mois après la mort des Colonels Amirouche Aït Hamouda et Si Lhaouès.

 

Kabylie news : A l’occasion du lancement officiel de la Fondation du Colonel Amirouche, ainsi que la commémoration du 57ème anniversaire de la disparition de votre défunt père, le Colonel Abderrahmane Mira, pourriez-vous nous dire sur quelle nature est-ce que la relation entre ces deux figures de proue est-elle basée ?

Tarek Mira : Ceux qui connaissent l’histoire de la Wilaya III, notamment de la zone I et II, lient souvent les noms d’Amirouche et Mira, et les évoquent ensemble. Les deux chefs de la lutte anticoloniale se sont rencontrés le mois d’octobre 1955, alors que les premiers maquis s’étaient déjà installés dans les vallées de la Soummam et de Sahel, sous la houlette de Mira Abderrahmane et Kaci. Depuis cette rencontre, il se trouve qu’un véritable travail de fourmi a été mené dans le but de faire de ces zones là des fers de lance dans la lutte de la libération nationale, d’où la tenue du congrès de la Soummam dans cette région, comme je l’ai mentionné dans mon intervention.

Sinon, pour ce qui est d’Amirouche et d’Abderrahmane, ces deux derniers ont vécu des frictions, qu’on n’évoquera pas ici, mais qui entrent dans l’ordre naturel des choses. Il conviendrait de dire qu’il existait une certaine complémentarité entre eux, illustrée par le fait que ces deux Colonels ont travaillé ensemble.

Leur dernière rencontre s’était faite peu avant le départ d’Amirouche dans les Aurès puis en Tunisie, et de celui de mon père qui était parti, pour sa part, pendant l’été 1957 au Sahara puis en Tunisie aussi.

S’agissant de la nature des liens qui existaient entre eux, elle était vraiment très forte et est caractérisée par une lettre écrite des mains d’Amirouche qui pourra illustrer tout cela. En effet, mon père avait franchi la frontière le 16 févirer 1959 pour rentrer en Algérie, et est arrivée à la Wilaya III le 5 mars de la même année. Un trajet qui lui avait pris 40 jours de marche. Pendant ce temps là, Amirouche qui préparait son intérim pendant le voyage qu’il allait faire vers la Tunisie (le voyage qui lui coûta la vie un certain 29 mars 1959 à Boussaâda, ndlr) allait nommer le Colonel Mohand Oulhadj pour lui succéder à son poste et n’était pas au courant du retour du Colonel Mira, jusqu’à l’avènement de la bataille d’Arefraf qui s’est terminée avec un bilan de 80 morts. Alors, apprenant que son compagnon de lutte était de retour, il écrit une lettre le 5 mars 1959 dans le dernier conseil de la Wilaya III, qu’il avait dirigé, où il informait qu’il venait d’apprendre par la liaison de la Wilaya III que les commandants Si Said et Si Abderrahmane étaient de retour, et de ce fait qu’il chargeait mon père de lui succéder

À partir de cet élément là, l’on pourra constater le respect mutuel qui régnait entre les deux hommes. Je pense qu’on ne peut pas évoquer le nom de l’un, sans évoquer le nom de l’autre. La preuve réside dans la phrase de Noredine Ait Hamouda pendant son discours qui disait qu’ils « étaient les deux chefs de la Wilaya III qui sont morts les armes à la main » et dont les corps ont disparu ! Certes, on a retrouvé le corps d’Amirouche et de Si L’Houès, mais pas celui d’Abderrahmane Mira.

K.N : A quoi nous conduisent les recherches qui ont été menées auparavant pour trouver le corps du Colonel Mira ?

Personnellement, j’ai déjà effectué des recherches à titre personnel, où j’ai même eu beaucoup d’indications. D’ailleurs, demain (le dimanche 06 novembre 2016) paraîtra mon article sur Le Soir d’Algérie à l’occasion du 57ème anniversaire de la mort de mon père, dans une version plus explicite. De ce fait, la question qui me vient toujours à l’esprit est pourquoi l’État national souverain ( je dis bien ça pour indiquer l’idéal de la guerre de libération nationale ) ne s’est jamais intéressé aux corps des chefs de la guerre de libération nationale, notamment les corps de mon père, ceux de M’hammed Bouguerra et de Mohammed Bounaâma qui étaient tous deux chefs de la Wilaya IV, ainsi que celui du Colonel Lotfi. Ceci est un questionnement sur lequel je suis dubitatif. Et par là même, je me sens étonné, interloqué sur l’État algérien…

 

K.N : Avez-vous trouvé auparavant des pistes pouvant mener à trouver le corps de votre défunt père ?

T.M : Concernant mon père, j’ai essayé de creuser dans des pistes qui n’ont mené à aucune réponse. D’abord, j’ai écris au Directeur des archives de Vincennes qui m’a répondu que « le corps de votre père, selon les archives que nous possédons à notre niveau, est sorti du centre de transit et de tri d’Akbou, le 7 novembre 1959, et depuis nous n’avons des traces archivsitiques ». Ensuite, j’ai essayé de contacter le Capitaine Tréger qui a mené l’opération ayant conduit à l’assassinat de mon père et grâce à laquelle il est nommé Colonel, celui-ci m’avait répondu qu’il n’avait plus de nouvelles du corps de mon père depuis qu’il l’a remit au dit centre d’Akbou. Alors, j’ai essayé de contacter le Commandant qui était patron du deuxième bureau à Akbou, qui disait, à son tour, que le corps du Colonel Mira est sorti le 7 novembre 1959 à 10h.

Or je sais que l’hélicoptère qui a pris mon père depuis Akbou pour le faire exposer dans son village natal, où tout l’Arch était convié pour voir une dernière fois le Colonel Mira, n’était pas le même type que celui d’Akbou. Une raison qui pousse à croire qu’il est certainement venu d’Aïn Arnate, là où il y a l’aviation de l’armée de terre. A plus forte raison, si on consulte donc ses archives, on pourra trouver de nouveaux éléments puisqu’à chaque fois qu’un hélicoptère quitte les lieux est certainement pourvu d’un ordre de mission.

L’autre piste sur laquelle il faudrait agir est notamment celle où mon père a été exposé dans son village natal, et repris ensuite par l’hélicoptère (qui est l’œuvre du 5ème bureau chargé de l’agitation et de la propagande). Le lendemain, des hélicoptères ont lâché des tracts dans les Zone I et II, informant à travers ces papiers qu’ « Après Amirouche, Mira est mort ».

Une vérification dans ce bureau s’impose ! Je suis certain que les français pourront trouver quelque chose dans leurs archives. Ceci étant des recherches menées à titre personnel, et ce n’est pas la même chose lorsque c’est l’État qui le fait pour un autre État.

 

K.N : Surtout lorsqu’il s’agit d’une figure emblématique comme le Colonel Mira…

T.M : Effectivement, oui.

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