Est-ce que Bouteflika peut réellement continuer à assurer encore les fonctions de chef de l'État malgré son état de santé diminué ?
Est-ce que Bouteflika peut réellement continuer à assurer encore les fonctions de chef de l'État malgré son état de santé diminué ?

Le nouveau chef du Front de Libération Nationale (FLN), ancien ministre de la Santé et de la population, Djamel Ould Abbes, n’arrête pas de parler de ce qu’il qualifie de « grandes nouvelles » depuis le jour de sa nomination à la tête de l’ex-parti unique. Le FLN a-t-il déjà commencé à préparer le terrain pour un cinquième mandat de Bouteflika , ou n’est-ce là qu’une sorte de « diversion » afin de mieux préparer la succession de l’actuel chef de l’État ? .

Le jour où il a annoncé sa démission, Amar Saâdani a donné l’impression d’avoir mis fin à une mission du FLN qui a duré tout au long de son règne à la tête de ce parti. Le même jour, lorsque Djamel Ould Abbes a été nommé nouveau secrétaire général du parti, il a donné l’ascension à une nouvelle tendance dont on ignore encore les tenants et les aboutissants. En effet, au moment où Ould-Abbas avait prononcé son premier discours en tant que nouveau SG du FLN, il était revenu sur « le cordon ombilical » qui fait joindre les bouts entre les partisans du président d’honneur de son parti, et a « songé » à présenter ce dernier aux prochaines présidentielles pour un cinquième mandat de suite.

Depuis lors, des comités de soutien et des mains applaudissantes commencent à émerger timidement, suscités par les discours de personnalités qui commencent déjà à battre le tambour pour un cinquième mandant de l’actuel chef de l’État, à l’image du chef du Mouvement Populaire Algérien (MPA), Amar Benyounes, dont le parti est actuellement déserté par plusieurs de ses cadres. Ainsi, plusieurs indices pouvant soutenir la thèse de Djamel Ould Abbes réapparaissent sur la scène politique, mais d’autres signes indiquent également une autre thèse.

D’une part, si l’on se réfère au climat qui rôde autour des protagonistes de « l’étage au dessus » pour reprendre l’expression de Hakim Laâlam, il sera difficile de douter des affirmations du nouveau chef du FLN. Le chef de l’Etat a multiplié depuis quelques semaines ses sorties sur le terrain, partant soit pour inaugurer des projets dans la capitale comme le nouveau Centre international des Conférences et l’Opéra portant le nom de son ancien conseiller spécial et représentant Boualem Bessaïh, soit pour vérifier d’autres projets encore inachevés, qui lui tiennent visiblement à cœur, comme la Grande Mosquée d’Alger. En plus des réceptions de plusieurs ambassadeurs et ministres d’Etats étrangers, les courtes sorties médiatiques de Bouteflika portent à croire qu’il jouit encore de toutes ses capacités à assurer les fonctions de chef de l’Etat. Malgré les images montrant un Bouteflika visiblement diminué par la maladie et se déplaçant en fauteuil roulant, certains médias proches des cercles du gouvernement tentent encore de « rassurer » et n’hésitent pas à affirmer une nette amélioration de l’état de santé du chef de l’État.

D’autre part, si l’on se réfère au contexte politique très tendu depuis 2013, la thèse d’une éventuelle candidature de Bouteflika pour un cinquième mandat de suite ne tend qu’a être une simple diversion.En effet, l’état de santé de Bouteflika, certifié par une missive médicale dubitative en 2014 largement contre-dite par son absence durant la campagne électorale et les images de son visage hagard et affaibli par la maladie, ainsi qu’un large mouvement de contestation de sa réélection en 2014, pourront tous être des arguments à même de contredire la thèse d’une éventuelle reconduction de Bouteflika à la tête de l’État lors du prochain scrutin présidentiel de 2019.

Même sans prendre en compte l’état de santé de l’actuel chef de l’État, les données sur le plan politique, social et économique n’augurent guère une stabilité à long terme de l’actuel système politique, en témoignent les nombreux tableaux noirs brossés par plusieurs intellectuels du pays. Notamment, des constats inquiétants sur la neutralisation des forces institutionnelles et sociales du pays gangrenées par la corruption, la dévaluation de la devise, le taux de chômage qui s’amplifie, et la fuite exponentielle des cerveaux et des cadres à l’étranger à cause des conditions défavorables dans lesquelles est plongé le pays. À plus forte raison, les conditions alarmantes du pays qui mettent les algériens devant la nécessité d’une transition et d’un changement de système, tant revendiquée par une opposition qui s’étend depuis la réélection de Bouteflika au poste de Président, se voient de jour en jour.

De ce fait, si cette antithèse vient à être confirmée, la nouvelle tendance prônée par le FLN dans sa nouvelle version ne sera que trompeuse, et donc fondée sur une illusion, et ce à la veille des législatives qui s’annoncent très compétitives à cause de la participation de plusieurs acteurs politiques du pouvoir et de l’opposition qui ambitionne par cette participation à conforter sa visibilité, sa force et son projet de transition démocratique.

Cependant, le nouveau chef du FLN cherche-t-il à entraîner derrière lui son organique pour soutenir, une nouvelle fois, Abdelaziz Bouteflika en les rappelant à l’ordre par cette ambition ? ou est-ce simplement une manière d’annoncer les prémices d’une nouvelle mission que conduirait le FLN pour le temps qui reste à consommer du quatrième mandat de leur président d’honneur ?

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