L'intersyndicale menace de radicaliser le mouvement
L'intersyndicale menace de radicaliser le mouvement

Plusieurs dizaines de travailleurs ont battu le pavé sur Alger hier, dimanche, répondant à l’appel au sit-in initié par l’intersyndicale des travailleurs de plusieurs secteurs devant le siège de l’Assemblée Populaire Nationale (APN). Les syndicats autonomes réunifiés au sein de l’intersyndicale ont opposé un rejet catégorique aux amendements apportés à la nouvelle loi du travail qui supprime la retraite anticipée, et comptent « radicaliser le mouvement » dans le cas où la sourde oreille des pouvoirs publics perdure. Moula Si Youcef, membre du conseil national et coordinateur régional du Conseil national autonome du personnel enseignant du secteur ternaire de l’éducation (CNAPEST) a évalué le mouvement et nous apporte plus de précisions sur ce dernier.

L’intersyndicale qui devait tenir un sit-in en face du siège de l’APN a réussi à mobiliser plusieurs dizaines de travailleurs du secteur de la santé, de l’éducation et de bien d’autres domaines. Si Youcef Moula nous a affirmé que sur la question de l’ « évaluation du sit-in, nous pouvons considérer qu’elle était une action positive. Parce que malgré la mobilisation des moyens du gouvernement pour casser cette action » le sit-in a été réussi, nous déclare-t-il. Le fait ayant ponctué le sit-in d’hier, c’était les arrestations et la mobilisation des services de l’ordre au détriment des protestataires. Par exemple « si l’on prend l’axe de l’Est Boudouaou, comme échantillon seulement, des témoignages des gens qui sont venus depuis Boumerdès à 6h45 sont arrivé au pont d’El Harrach à 11h45 » et « cela n’est qu’un exemple, parce que pratiquement tous les axes ont été » perturbé, nous relate-t-il. Les services de l’ordre sont même parvenus à bloquer « les bouches de métro et les terminus de gares ». Dans les gares ferroviaires, des contrôles des passagers ont même été appliqués pour retarder l’action.

« Malgré tout cet arsenal-là », « nous avons réussi à faire une grande action devant la grande poste » nous fait-il savoir. Au cours de la tenue du sit-in, plusieurs arrestations ont été effectuées. « Il y a eu ensuite de la matraque, où plusieurs de nos adhérents ont été arrêtés » et détenus dans les différents commissariats. « Nos adhérents n’ont pas eu peur et ont résisté même dans les commissariats », où ils ont scandé des slogans hostiles à la politique du gouvernement, comme « non à la chkara » « pour un État démocratique ». De plus, pour casser l’élan du mouvement, les adhérents de l’intersyndicale « ont été éloigné du vif de l’événement en les transportant loin » du lieu de la tenue de l’action de protestation.

Le mouvement s’était aussi conforté avec les soutiens qu’ont apportés les partis de l’opposition siégeant au sein de l’APN, dont « le députés du FFS, et ceux de l’Alliance Verte ainsi que ceux du PT » , en plus d’autres formations politiques de l’opposition.

L’autre constat qui a été cible, notamment, de minimisation de par les autorités, en « faisant des extrapolations » qui diminuent les chiffres officiels, été, somme toute, le retour, pour le moins, très favorable qu’a reçu ce mouvement hier pendant le sit-in, rajouté à la grève cyclique lancée depuis le 21 du mois en cours. « Il y a une dynamique de protestation, où des gens de notre société aiment l’Algérie à leur façon » rajoute notre interlocuteur. Cette dynamique se serait confortée davantage si ce n’est « la récupération de l’ex-UGTA d’avant 1962 » où des gens sont appelés « patron » du jour au lendemain, pendant que dans des pays développés pour espérer « devenir patron » , il est exigé de travailler d’arrache pied. « Nous avons des capacités potentiels pouvant décider à la place de ceux qui décident actuellement au niveau de la tripartite » estime M. Si Youcef.

« Les travailleurs ont besoin d’être défendus » d’autant plus qu’ « en Algérie, il n’y a pas réellement de création des richesses, mais il existe une répartition des richesses naturelles du pays » rajoute notre interlocuteur.

Dans la tripartite, le syndicaliste estime que « les travailleurs n’ont pas de représentants » . Au préalable, les pouvoirs publics ont refusé d’engager le dialogue avec les syndicats autonomes qui exigent de participer à l’élaboration du nouveau code de travail. M. Moula pense que « ce code du travail » est l’équivalent du « code de l’indigénat », car avant, « il y avait le principe de la fixation des travailleurs à 80% sur la titularisation et 20% sur les contractuels » aujourd’hui « ils veulent inverser ceci, où ils veulent se fixer à 20% sur la titularisation et 80% sur les contractuels » . Selon le même interlocuteur, cela pourrait ouvrir la voie à « l’esclavage » et l’exploitation.

Les travailleurs semblent être motivés par ce mouvement de protestation, où la prise de conscience sur l’arrachement de leurs revendications passe par l’engagement avec ce moyen de lutte. « Hier, les travailleurs nous ont demandé de passer de l’avant, et sont motivés pour continuer la protestation » . Le mouvement est conforté davantage par l’engagement de l’intersyndicale.

Hier, le ministre du Travail a exposé le projet de loi du travail devant les représentants du peuple au sein de l’APN, et il sera probablement adoptée dans les prochains jours. Par évidence, cela pourrait être un fait qui ne conviendra guère aux voies qui se sont opposées à l’adoption de ces projets de lois, dont l’intersyndicale. Cette dernière ne compte pas « se taire ». Le membre du conseil national du CNAPEST estime qu’ « ils ne peuvent pas nous dissuader » et affirme pouvoir continuer à défendre les travailleurs.

Interrogé sur la manière avec laquelle ils vont réagir à une éventuelle adoption de la nouvelle loi du travail et celui de la retraite, Moula Si Youcef nous a expliqué que l’intersyndicale agira d’une manière méthodique d’où « la décision sera connue à travers l’assemblée générale » mais estime tout de même que les adhérents consentent de continuer à lutter dans ce sens.

Auparavant, l’intersyndicale a menacé de radicaliser ce mouvement à partir du mois de décembre dans le but d’avorter le nouveau projet de loi du code de travail supprimant la retraite anticipée et sans condition d’âge. M.Moula affirme que nous avons les moyens pour radicaliser en « se sacrifiant » . Notre interlocuteur nous explique que si certains syndicats ne confortent pas « notre position » parce que leurs adhérents sont majoritairement des directeurs d’établissements qui sont « contre la grève » . « Ceux qui dirigent l’Algérie depuis son indépendance tentent de diviser les algériens » mais « lorsqu’on milite ensemble, on pense ensemble, où il faut cristalliser les forces du progrès » car « notre combat ne repose pas sur un fond religieux, mais c’est un combat patriotique » nous explique-t-il. A titre d’exemple, au CNAPEST « nous ne sommes pas contre la personne de Benghrebrit parce qu’elle a des origines juives » mais « notre combat s’inscrit sur la ligne d’un combat universel » .

Enfin, ce syndicaliste estime que « les pouvoirs publics n’ont pas intérêt de refuser les représentants des travailleurs » parce que cela sera considéré comme « de la casse » , or que « nous ne sommes pas des partisans de la casse et de la violence » et « nous sommes des intellectuels et la crème de ce mouvement » a-t-il estimé. « Nous nous inscrivons dans un dynamique d’organisation de tous les travailleurs pour les représenter dignement, et nous refusons la violence ». Les adhérents de l’intersyndicale sont « prêts maintenant, d’où nos revendications émanent essentiellement de notre base » qui « souffre énormément de ponction des salaires et de beaucoup d’autres pressions » .

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